L A    P R E C A N N E

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réflexion sur l'utilisation d'un substitut de

canne - Ecrits existants

L'utilisation d'un outil adapté d'aide au déplacement appelé précanne

 

Prérequis nécessaires à l'apprentissage de la technique de canne et

limites pour cet apprentissage

 

Ecrits existants concernant la précanne

 

L'utilisation d'un outil adapté d'aide au déplacement

 

La locomotion avec un enfant présentant un handicap ou un retard associé nous a emmené à

un travail de réflexion, afin d'adapter au mieux les moyens et les techniques proposées, tout en

suscitant le désir d'autonomie et la confiance de l'enfant dans ses déplacements.

La précanne est l'un de ces moyens. Elle offre la possibilité à l'enfant de se déplacer en

sécurité. L'expérience sur le terrain montre que l'utilisation d'une précanne par une population

bien particulière, peut avoir des bénéfices sur la motivation, l'aisance, la confiance et

l'investissement dans les déplacements indépendants. Cependant, nous gardons à l'esprit que

l'introduction d'une précanne n'est pas envisageable sans une relation de complémentarité entre

l'instructeur de locomotion, l'enfant et sa famille, et les professionnels qui s'occupent de

l'enfant. Nous savons que les acquisitions en locomotion chez le jeune enfant sont un atout

pour son futur.

Prérequis nécessaires à l'apprentissage de la

technique de canne

et limites pour cet apprentissage

 

Les prérequis au niveau moteur, tonique et postural

Une marche indépendante est nécessaire à l'apprentissage de la technique de canne :

- elle nécessite les prérequis suivants (Rivière, 2000) : l'équilibre statique est suffisant, la

marche doit être motivée, le déplacement est orienté vers un but, le tonus postural et

dynamique sont suffisants,

- elle nécessite la prise de conscience tonique nécessaire à l'ajustement aux différents éléments

extérieurs (changements de revêtement du sol, dénivelés,…)

 

La préhension de la canne nécessite une capacité de motricité manuelle suffisamment

performante. Le mouvement de balayage nécessite :

- au niveau sensori-moteur :

-> la capacité de contrôle moteur du poignet (mouvement fin de flexion extension) et donc une

capacité de désolidarisation du poignet et de l'avant-bras,

-> la capacité de coordination entre les membres supérieurs et inférieurs, permettant

l'adaptation du rythme du balayage à celui de la marche (régularité, accélération ou

ralentissement). Cette capacité de coordination nécessite une bonne connaissance de la

latéralité sur soi (pour la coordination pied canne), mais aussi une bonne dissociation entre

membres supérieurs et inférieurs, ainsi qu'entre les hémicorps droit et gauche,

-> la réalisation du mouvement correspondant à la largeur des épaules nécessite une

conscience corporelle suffisante,

-> le sens kinesthésique intervient dans la perception des sensations corporelles du mouvement

de balayage.

- au niveau tonico-postural :

-> une bonne régulation tonique est nécessaire au contrôle des mouvements,

-> le sens proprioceptif intervient dans le bon positionnement du bras par rapport à la main et

de chacun d'eux par rapport au reste du corps.

 

Les prérequis au niveau cognitif

L'efficacité d'un apprentissage est positivement corrélée à l'envie et la motivation de la

personne. Dans l'apprentissage de la technique de canne, il doit y avoir une motivation pour les

déplacements d'une part, et pour l'apprentissage en lui-même d'autre part. La capacité de prise

de décisions par rapport aux informations fournies par la canne est primordiale pour l'efficacité

de la technique (réflexe à l'obstacle, réponse motrice adaptée à la situation,…) ; nous parlons

également de la capacité de compréhension de cause à effet de la canne (Pogrund et Rosen,

1989), essentielle à une prise de décisions adaptée. Les capacités d'attention et de

mémorisation entrent en jeu à différents niveaux : elles permettent la prise d'informations

corporelles et extracorporelles, ainsi que leur intégration.

 

Les limites à l'apprentissage de la technique de canne

Notre réflexion s'appuie sur différents écrits, la plupart issus de la littérature américaine,

concernant les personnes déficientes visuelles n'ayant pas accès à la technique de canne, ainsi

que les outils adaptés et imaginés pour leurs déplacements.

 

Les limites liées à un niveau de développement psychomoteur insuffisant :

Les enfants déficients visuels dont le niveau de développement psychomoteur est insuffisant

pour l'apprentissage de la technique de canne sont :

- les enfants d'âge préscolaire (< 5-6 ans)

- les enfants présentant un retard de développement psychomoteur (pouvant être lié à un

syndrome, à un retard global de développement par exemple).

De nombreuses études ont tenté de répondre à la question de l'âge de début de l'apprentissage

de la technique de canne. L'âge le plus souvent cité se situe autour de cinq ans. Dans leur

article, Pogrund et Rosen (1989) confirment que le jeune enfant n'est pas prêt physiquement à

tenir la canne : il manque de contrôle moteur et de coordination motrice. Hatwell (2003, p-96)

rappelle que " les niveaux requis de contrôle moteur et de coordination ne sont acquis que

tardivement dans l'enfance ". L'enfant présentant un retard de développement psychomoteur,

lui non plus, ne possède pas les prérequis à l'apprentissage de la technique de canne.

 

Les limites liées à un handicap sensori-moteur ou cognitif

Blasch, LaGrow et Peterson (1997) exposent différents facteurs pouvant limiter l'habileté à

l'apprentissage de la technique de canne :

- au niveau moteur : un déficit de l'endurance physique, une atteinte motrice (ayant un impact

sur la posture, la démarche, l'équilibre), un déficit dans les coordinations motrices,

- au niveau sensoriel : un déficit proprioceptif, kinesthésique ou vestibulaire,

- au niveau cognitif : un déficit dans la prise de décision, dans la prise d'informations, un déficit

de la mémoire à court ou long terme, et dans la motivation. Nordskov (1998) soulève le

problème rencontré lors de la définition des priorités de prise en charge en locomotion. Elle attire

notre attention sur le fait qu'un travail en locomotion n'est pas souvent proposé en priorité à un

enfant déficient visuel présentant des handicaps associés sévères. Cependant, comme le note

Skellenger (1998), l'évolution de la population handicapée visuelle ces dernières années a

nécessité des adaptations au niveau des méthodes et des matériels utilisés dans les

déplacements. Joffee et Ehresman (1997) notent que l'utilisation d'une précanne, par une

personne déficiente visuelle présentant un déficit cognitif sévère ou modéré, lui facilite la

détection des obstacles.

Cet outil est pour elle plus efficace qu'une longue canne car il ne nécessite pas de mouvement

de balayage, et permet une protection des deux côtés de la personne tout au long de son

trajet. La précanne a ainsi été rapidement proposée aux enfants présentant des handicaps

sévères ou multiples. Plus récemment, elle a été suggérée à des adultes déficients visuels avec

des handicaps multiples, ou d'âge avancé.

Ecrits existants concernant la précanne

 

La littérature française comptant peu d'écrits concernant la précanne, nous nous sommes

intéressés à quelques auteurs américains qui ont étudié la possibilité d'utiliser un outil adapté à la

locomotion chez l'enfant d'âge préscolaire, dont le niveau psychomoteur est insuffisant pour

permettre l'apprentissage de la technique de canne.

 

Pogrund et Rosen (1989) évoquent que quelques instructeurs de locomotion, travaillant auprès

d'enfants d'âge préscolaire, plutôt que de proposer une canne, ont utilisé d'autres objets tels que

des jouets à pousser, des petits caddies, que le jeune enfant pousse devant lui. Les auteurs

considèrent que l'enfant qui pousse un objet devant lui apprend le concept du pare choc et la

notion de sonde quand il se déplace dans l'environnement. Skellenger et Hill (1997) présentent le

"Adaptive Mobility Device" comme un outil adapté pour la mobilité. Cette précanne est souvent

utilisée avant d'introduire la canne, pour deux raisons principales :

- c'est un outil de protection pour les enfants, pour lesquels l'apprentissage est plus facile que pour

la canne,

- son utilisation permet de commencer le développement d'habiletés qui seront ensuite

transposées lors de l'utilisation de la canne. Evrard (1991-1999) définit la précanne comme un

substitut de la canne prescrit avant d'utiliser la canne. Elle rappelle que de nombreuses études ont

insisté sur " l'utilisation préalable car plus facile de ce substitut de canne".

 

Foy, Scheden et Waiculonis (1992) rappellent que la précanne (au Connecticut) a été développée

au départ pour répondre aux besoins de mobilité des enfants d'environ quatre ans. Les auteurs

soulignent que les enfants de cet âge ont besoin d'une protection optimale pour être en confiance

dans les déplacements mais manquent de compétences kinesthésiques, de contrôle moteur, de

développement cognitif et de responsabilité pour acquérir une technique de canne adéquate, dans

un temps raisonnable.

 

Skellenger et Hill (1997) exposent le rôle et l'utilisation de la précanne : elle protège la largeur du

corps et, par son contact permanent avec le sol, donne un feed-back tactile et auditif optimal.

L'utilisateur pousse la précanne dans la direction de son déplacement et n'a besoin ni d'un

mouvement de balayage ni de coordination, éléments normalement requis pour la technique de

canne. Par ailleurs, quelques auteurs américains suggèrent l'utilisation de la précanne auprès d'une

population déficiente visuelle présentant un handicap moteur, sensoriel ou cognitif.

 

Des précannes ont été décrites par l'Ecole pour Aveugles et Malvoyants du Texas (Texas School for

Blind and Visually Impaired, 1995). Ces modèles sont proposés comme des substituts de la longue

canne, et s'adressent à :

- de jeunes enfants déficients visuels dont la marche n'est ni investie ni motivée

- des personnes déficientes visuelles présentant un handicap physique ou cognitif sévère, qui limite

l'habileté à apprendre la technique de canne

- des personnes déficientes visuelles ayant des déficits dans la proprioception et la kinesthésie, qui

les limitent dans leurs possibilités de se protéger avec la technique de canne. Skellenger et Hill

(1997) nous indiquent que les précannes sont également utilisées comme un outil pour la mobilité

des individus qui présentent des déficiences multiples, donc incapables d'utiliser la canne. Les

personnes particulièrement concernées par ces outils adaptés sont celles dont le niveau de

coordination motrice est diminué (ce qui rend impossible la réalisation du mouvement de balayage),

celles dont les habiletés cognitives sont limitées et celles ayant une déficience des habiletés

proprioceptives et kinesthésiques. Pour certains enfants, présentant des déficiences sévères, la

précanne est le seul outil adapté pour leur locomotion. Pour d'autres enfants, la précanne est un

biais facilitant le mouvement jusqu'à ce que l'enfant montre un niveau de développement des

habiletés plus élevé, indiquant qu'il est prêt à commencer l'apprentissage de la technique de canne.